Ses admirateurs
demandent qu’on le clone. Ses opposants le traitent de fou ou de moudjahidin.
Il a une voix de jugement dernier, une figure large et rouge : les chantiers,
la colère et le soleil de las Ventas. C’est Faustino Herranz dit « El Rosco »
parce que petit il mangeait des roscas, des rosquilles. Dans une vie il est
entrepreneur en maçonnerie à Guadalix de la Sierra, dont il fut conseiller
municipal sous l’étiquette Izquierda Unida. Dans l’autre vie, celle qui
commence à 7 heures du soir dans les arènes de Madrid, il est vitupérateur à
temps plein du Tendido 7. Y a du boulot ! Les toros qui n’ont pas le format,
les vétérinaires qui les ont acceptés, ceux qui trébuchent, les présidents qui
ne les changent pas, les figuras qui affrontent les « demis toros » , les
toreros qui à la pique se placent à droite du cheval et non à gauche comme veut
le règlement, Les banderilleros qui font taper les toros contre les planches, les
picadors qui coincent le toro, les spectateurs sans exigences, les m’as-tu vu
du Tendido 10, les journalistes achetés, sauf feu Joaquin Vidal, les
organisateurs, el Rosco arrose large. Le dimanche de Résurrection pour
protester contre la médiocre programmation de la San Isidro il avait déployé un
calicot : « Quelle feria de merde ! ». Le 6 mai pour la première
corrida du cycle il en portait un autre : « Dehors cet organisateur
et le demi-toro ! ».
En 1996 El Rosco et une vingtaine de ses apôtres ont crée El Toro de Madrid, une association destinée à défendre l’intégrité absolue du toro. Leur site internet El Toro de Madrid a, avec « le mur des lamentations », ouvert un espace destiné à protester contre la dégénérescence de la fiesta et il publie chaque année une liste noire des élevages, 35 en 2009, à proscrire à Madrid avec des entrants et des sortants. Baltasar Iban par exemple en est sorti à cause de sa bonne novillada en juillet à las Ventas. Adolfo Martin ou Puerto de San Lorenzo y sont entrés. Depuis qu’il va aux arènes, un demi-siècle, Rosco a vu près de 4000 corridas. Et l’an dernier pas loin de 90. Mais seulement à Madrid, Pampelune, Bilbao. Et combien de toros bravos sur ces 90 courses ? : « pas plus de 10 ». Les élevages de sa religion : « ceux d’origine Santa Coloma, Saltillo, Palha, quelques-uns de sang Nuñez, un d’origine Domecq : Fuente Ymbro. » Une poignée de grands toros surnagent dans sa mémoire : Bastonito de Baltasar Iban torée par Rincon, Murciano de Victorino Martin torée par el Cid et aussi par ce même Cid, Guitarrero d’Hernandez Pla. Ou un Miura torée par Manili dans les années 80. Il pense que José Tomas « est le plus grand torero de tous les temps » mais il aimerait le voir devant un « vrai toro ». El Juli ? « en 47 toros à Madrid il n’est sorti qu’une fois par la grande porte. C’est un torero grossier qui donne beaucoup de passes. » Il aime par contre Uceda Leal pour son art de tuer les toros vite et loyalement « con el pecho por delante. »
Il est craint. Il a un jour, devant chez lui, trouvé sa voiture couverte d’inscriptions : « Tu es condamné pour protester. Mort à ceux du 7 ». Il y a 15 ans Salvador Valverde avait été tabassé à coups de batte de base ball.
Des toreros viennent le voir après leur corrida au bar El César où il tient ses assises. Sergio Aguilar après sa corrida du 8 mai est venu lui demander son avis. El Rosco lui a dit qu’il avait été « bien, macho, valiente mais qu’il n’y avait pas de quoi tirer des feux d’artifices. Tu dois faire plus, ne te laisses pas aller. »
Il pense que la corrida va disparaitre. Il soutient que ses vrais fossoyeurs sont les propres taurins : organisateurs, figuras, éleveurs de toros sans race. Il lui donne un peu plus de 40 ans d’existence, « parce que quelle importance de voir un toro idiot qui tombe ? C’est plus important de courir derrière une poule. »
Jacques Durand



