Affichage des articles dont le libellé est Antonio Burgos. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Antonio Burgos. Afficher tous les articles

Curro Romero, la esencia



Curro Romero entre dans un bar de Séville pour boire un café. Le garçon lui demande un autographe, pas pour lui, pour son petit frère, il veut être torero, lui pas du tout, lui, dès qu'il voit un toro, il court. Réponse de Curro Romero : «C'est exactement ce qu'il faut faire quand on voit un toro : courir. »
L'épatante biographie de Curro Romero, écrite par le «sévillanissime» écrivain Antonio Burgos à partir des récits livrés par le torero lui-même, en dit long sur le côté cour du «pharaon». La complexité du curroromérisme n'a qu'un pendant : la simplicité de Curro lui-même, qui apparaît ici après plus de 300 pages, comme une sorte de santon voyageant dans son mythe et le désamorçant en toute innocence ou en toute malice.
Exemple : contrairement à ce que ses adulateurs rapportent et à ce que les autorités officielles du gouvernement andalou ont affirmé en lui remettant la médaille de l'Andalousie, il n'a jamais été baptisé dans une cape de paseo. Non, il était dans un tissu informe, et d'ailleurs ce jour-là l'espadrille qu'il avait au pied est tombée dans l'eau bénite. Même candeur pour sa vocation de torero. Une vocation de naissance ? Un don du ciel tombé du berceau? Pas du tout. Une histoire de cochons. Lorsque, tout gamin, il les gardait à Gambogaz, la propriété du général Queipo de Llano à proximité de Séville, le vent lui apportait les rumeurs échappées de la Maestranza. N'importe qui aurait brodé des poncifs massifs sur ce balancement poético-porcin, sur l'or là-bas et la fange ici, le sable et le purin. Pas Curro. Il s'est fait torero parce que garder des cochons, c'est pas une vie. Il faut se lever à quatre heures du matin; on se les gèle en hiver ; en été, à cause de la chaleur, il doit abriter ces foutues bestioles de la canicule et les ressortir le soir ; à l'époque des naissances il faut donner à manger à chaque truie, etc.

Curro Romero, le Pharaon du refus

A Curro Romero, «Pharaon de Séville», d'abord, ça a dû lui faire tout drôle de toréer avec un pléonasme : Agapito Sánchez Sánchez. Cependant, le fameux pléonasme se produisait sous le nom de Agapito Sánchez Bejarano. Il y a quarante ans, le 25 mai 1967, il torée à Madrid avec Rafael Ortega et Curro. Il coupe 2 oreilles, tout comme Ortega, auteur d'une faena considérée comme une des plus importantes de la décennie.
Or, si cette corrida est restée dans la légende de San Isidro, la feria de Madrid qui se déroule en ce moment, c'est à cause du «Pharaon», auteur du scandale du siècle, qui finira sa nuit au poste, avant, le lendemain, de sortir en triomphe des mêmes arènes. Trouble à l'ordre public. Le 25 mai, donc, le second toro de Curro, un toro remplaçant de Juan Antonio álvarez, est manso. Il refuse d'être piqué. Il n'a pris que des égratignures. Il fuit les chevaux. Les deux picadors essayent de le coincer près du toril. Impossible. Le président impose qu'on passe aux banderilles. Colère pharaonique.