
Affichage des articles dont le libellé est Rafael de Paula. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Rafael de Paula. Afficher tous les articles
"On torée comme on est"

La propagation de la rage
Le jeune
apprenti mécano Rafael Soto Moreno dit «De Paula», comme son père, ce sont les
chevaux qui l’intéressent. Pas les toros.
Mais, chez lui, à Jerez, un jour de feria, en 1956, le contrôleur
des arènes laisse entrer ce jeune gitan de 15 ans. Coup de foudre. C’est le
dernier toro, mais ce n’est pas ce qu’il voit en piste qui le foudroie. Ce qui
le bouleverse, c’est le charme fort d’une lumière déclinante, la résonance
sensible de la scène, les couleurs, l’ombre sur les gradins, un climat particulier. Le jeune de Paula a déjà vu des corridas, mais ce jour-là, la
tauromachie s’est imposée à lui par une force poétique qui sera désormais le
ressort de son propre art et de sa propre carrière nourrie d’illuminations
arrachées à des désastres crépusculaires.
Rafael de Paula 74:04
Madrid jeudi 13
mai 2004, San Isidro. Avalanche de
quites sur Ilustrado de Manolo González, deuxième
toro de Ferrera. Après
la pique Miguel Abellán intervient avec des navarras. Ferrera réplique par des
chicuelinas données à trois cent à l’heure. Rebelote d’Abellán par des
chicuelinas à genoux. Cafouillage. Retour de ferrera toujours avec des
chicuelinas athlétiques genre lancer du marteau. Question : est ce que la
chicuelina est une discipline olympique ? Le jeune Revuelta qui vient de
prendre l’alternative se mêle à l’histoire avec une intervention foireuse par
veronicas. Abellán et Ferrera se donnent l’accolade. Pas de quoi tirer des feux
d’artifice. Cette bataille de quites les uns plus médiocres et torchonnées que
les autres rentrera simplement dans l’histoire de la surconsommation
taurine en soulignant qu’ici, dans
la corrida, faire beaucoup de passes n’est
pas forcement toréer et qu’à contrario le peu est l’ami du bien.
Exemple le trentième anniversaire de trente secondes de tauromachie archangélique que l’histoire taurine se repasse en boucle. Les trois veronicas et de la demie veronica données ici même le 28 mai 1974 pour San Isidro à un toro de Julio Roblès par Rafael de Paula pour sa confirmation d’alternative. Le souvenir indélébile des témoins a retenu que la chose s’est passée sous le tendido 7 et que le torero était vêtu de gris plomb et or. Premier effet du quite : il a fait taire la vocifération pathologique du 7. Deuxième effet : il a, affirment Pierre Arnouil et Ignacio de Cossío dans « Les grandes faenas du XXème siècle » «catapulté Paula au firmament des grands toreros» et aussi dans le panthéon sans préjugés des toreros de Madrid où il côtoie les toreros les plus opposées à ses manières et à son être : Ruiz Miguel, Andres Vasquez par exemple. Commentaire du critique Joaquín Vidal : « La tauromachie à la veronica comme l’a interprété Rafael de Paula à cette occasion s’était vu en de très rares occasions ; Le goût, l’inspiration, la plénitude avec quoi il a interprété dans le quite la tauromachie à la veronica et la demie veronica avec des connotations belmontiennes et achevée derrière la hanche ont provoqué un authentique tumulte. Les aficionados se cassaient les mains à applaudir ou s’arrachaient les cheveux. »
Exemple le trentième anniversaire de trente secondes de tauromachie archangélique que l’histoire taurine se repasse en boucle. Les trois veronicas et de la demie veronica données ici même le 28 mai 1974 pour San Isidro à un toro de Julio Roblès par Rafael de Paula pour sa confirmation d’alternative. Le souvenir indélébile des témoins a retenu que la chose s’est passée sous le tendido 7 et que le torero était vêtu de gris plomb et or. Premier effet du quite : il a fait taire la vocifération pathologique du 7. Deuxième effet : il a, affirment Pierre Arnouil et Ignacio de Cossío dans « Les grandes faenas du XXème siècle » «catapulté Paula au firmament des grands toreros» et aussi dans le panthéon sans préjugés des toreros de Madrid où il côtoie les toreros les plus opposées à ses manières et à son être : Ruiz Miguel, Andres Vasquez par exemple. Commentaire du critique Joaquín Vidal : « La tauromachie à la veronica comme l’a interprété Rafael de Paula à cette occasion s’était vu en de très rares occasions ; Le goût, l’inspiration, la plénitude avec quoi il a interprété dans le quite la tauromachie à la veronica et la demie veronica avec des connotations belmontiennes et achevée derrière la hanche ont provoqué un authentique tumulte. Les aficionados se cassaient les mains à applaudir ou s’arrachaient les cheveux. »
Les gardiens du «temple»
Belmonte serait le père de cette façon d'être face au
toro. Le temple, pierre philosophale de la tauromachie, a été
révélé il y a quatre-vingt-dix ans. Pour Santi Ortiz, journaliste à 6 Toros 6,
il est né le 25 août 1912 à Séville, dans la Maestranza, lorsque Belmonte, le
torero de la stupéfaction, a toréé comme on n'avait jamais vu toréer le novillo
Guitarrito, du marquis de Tovar. La novillada était organisée par la confrérie
religieuse de la O et il n'est pas innocent que l'épiphanie du temple se soit
manifestée sous le double signe de la religion et de la musique accroché au nom
d'un toro. La notion sibylline de temple justifierait un gros essai
phénoménologique tant le mot et la chose qu'il désigne, dans la tauromachie et
hors d'elle, s'applique à toute sorte de domaines. Historiquement, le mot
n'existe pas dans les dictionnaires tauromachiques avant Belmonte, même si le
père de Marcial Lalanda prétendait avoir vu le torero de Cordoue Guerra templer
des toros à la fin du XIXe siècle.
Curro Romero, le Pharaon du refus
A
Curro Romero, «Pharaon de Séville», d'abord, ça a dû lui faire tout drôle de
toréer avec un pléonasme : Agapito Sánchez Sánchez. Cependant, le fameux
pléonasme se produisait sous le nom de Agapito Sánchez Bejarano. Il
y a quarante ans, le 25 mai 1967, il torée à Madrid avec Rafael Ortega et
Curro. Il coupe 2 oreilles, tout comme Ortega, auteur d'une faena considérée
comme une des plus importantes de la décennie.
Or, si cette corrida est restée dans la légende de San
Isidro, la feria de Madrid qui se déroule en ce moment, c'est à cause du
«Pharaon», auteur du scandale du siècle, qui finira sa nuit au poste, avant, le
lendemain, de sortir en triomphe des mêmes arènes. Trouble à l'ordre public. Le 25 mai, donc, le second toro
de Curro, un toro remplaçant de Juan Antonio álvarez, est manso. Il refuse
d'être piqué. Il n'a pris que des égratignures. Il fuit les chevaux. Les deux
picadors essayent de le coincer près du toril. Impossible. Le président impose
qu'on passe aux banderilles. Colère pharaonique.
Rafael de Paula, compás cassé
Rafael de Paula c'est l'Erika: échoué, déglingué, désastreux
mais pas tout à fait vide. Il suinte encore quelques épanchements de ses soutes
et de ses poignets. Quelques gouttes de son fioul irisent avant de s'évaporer
des rares corridas où il se produit, malgré ses jambes mortes et ses genoux
cassés. Lorsqu'il torée chez lui à Jerez, la moitié des jérézans se glissent
dans ses bras pour qu'ils aient cette obscure cadence, ce compás qui les
commotionne. L'autre moitié lui tient les jambes pour qu'elles ne flanchent
pas. L'ensemble implore secrètement le toro pour qu'il ne donne pas de coups de
tête indélicats, qu'il ne se colle pas, qu'il passe avec une charge assez longue
et assez noble pour permettre à Rafael de dire ce qu'il veut dire depuis les
quarante ans qu'il torée.
Inscription à :
Articles (Atom)



