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Les Toros du pressentiment

La lourde fatalité du “c’était écrit” parfume les tragédies tauromachiques. Ce, depuis les débuts de la corrida. Le torero sévillan Pepe Hillo ne voulait combattre que des toros andalous. En mai 1801, il fait une entorse à sa prévention. Le 10 mai 1801 donc, dans le campo autour de Madrid, il choisit ses toros pour la corrida du lendemain dans la capitale. L’un d’eux lui tape dans l’œil. Il interpelle le mayoral de l’élevage : “Tio Costuera, je veux ce toro pour ma corrida.” Le toro s’appelle Barbudo, il est noir zain, il vient de la région de Salamanque. Le 11 mai 1801, il tue Pepe Hillo d’un coup de corne dans le ventre au moment même où Pepe Hillo lui plonge son épée dans le cœur. Commentaire le lendemain du Diario de Madrid : “Il avait prévu la mort qui l’attendait. Il l’avait annoncé à ses amis.” Un siècle plus tard le poète éleveur Villalón écrit dans la Toriada : “Pepe Hillo, Pepe Hillo, / ne retourne plus aux arènes, / Ton amante, cette nuit, / a fait un rêve d’abracadabra.”

L'infortuné Florentino Ballesteros

Pour les historiens taurins il est, à jamais, «l’infortuné Ballesteros». L’infortune de Florentino Gonzalez Ballesteros s’appelait «Cocinero». Un toro noir taché de blanc de Gamero Civico ou de Benjumea.  Le 22 avril 1917 à Madrid, Cocinero, sixième toro, charcute  Ballesteros, torero de Zaragoza. Coup de corne dans la poitrine sur la cicatrice même que lui avait laissé, l’année précédente où il avait reçu l’alternative à Madrid des mains de Joselito, un toro de Urcola. Il était devenu phtisique. C’était à Moron et on se dit qu’à cette époque les toros pourchassaient les toreros nommés Ballesteros et natifs  de Zaragoza  puisque qu’en 1914 à Cadix un novillo de Lopez Plata avait, toujours d’un coup de corne dans la poitrine, tué Jaime Ballesteros dit «Herrerin.» Un torero  zaragozano, novillero rival de Florentino et sans aucune parenté avec lui sauf ces histoires de cornades  du coté des poumons. «L’infortuné Florentino Ballesteros» mourra lui au soir du 24 avril 1917 à la Fonda de Los Leones,  dans la rue madrilène del Carmen.