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Nîmes, La Feria 75


Au théâtre du Temple de Diane dans les jardins de la Fontaine «La Compagnie des Arènes» donnait l’inévitable «La guerre de Troie n’aura pas lieu» et chaque année ou presque elle n’avait pas lieu. Comme le placardait en gras chaque année l'inéluctable titre  du grand quotidien local une vedette de la chanson était venue «enflammer les arènes»  ou, variante, «le vieil amphithéâtre». Nana Mouskouri ? Dutronc ? Petula Clark ? Nana Mouskouri, enflammer les arènes, vraiment ? Et, comme chaque année, on avait bravement pégoulé  le long des boulevards Victor Hugo et Amiral Courbet : chars, majorettes, tricots de peau, fanfares. Chaque cinq minutes sous leurs cuivres le lion mourait ce soir dans la jungle, terrible jungle. Le lion mort on allait attaquer la gazelle dans les bosquets sous la tour Magne. La feria 75 à Nîmes aurait dû ressembler comme une sœur et comme une faena de Niño de la Capea à une faena de Niño de la Capea  à celle de 74. Elle avait simplement un an de plus et nous aussi ce qui ne comptait pas vraiment, pas encore. Mais voilà la feria 75 n’a pas été  comme les autres. Le samedi Simon Casas prenait l’alternative. Cérémonie inouïe.

Ascenseur pour les Toros


Il faut avoir une imagination bien carencée pour penser que l’ascenseur Otis 1930 de l’hôtel Imperator, à Nîmes, sert uniquement à monter dans les étages ou à descendre au rez de chaussée. L’élévateur de l’Imperator, contemporain de la bâtisse, est en réalité un monument historique à classer comme la Maison Carrée et un reliquaire de l’aficion. Son apparence de tabernacle en bois blond vitré s’y prête, sa fonction aussi. Les aficionados conséquents et conscients qui se bousculent après les corridas dans le ravissant jardin de ce palace en faisant crisser le gravier et tinter les glaçons des drinks savent bien que, de Domingo Ortega à Paco Ojeda en passant par les Bienvenida, La Serna, Manolete jeune, Niño de la Palma, Armillita, Lalanda, Carnicerito de Mexico, Arruza, Ordóñez, Dominguín, Pépin Martin Vázquez, Litri, Aparicio, Manolo González, Chicuelo II, Ostos, Pedres, Antoñete, Curro Romero, Pepe Limeño, Diego Puerta, Paco Camino, plusieurs Girón, un seul Cordobés, Paquirri, la Capea, Espartaco et tant d’autres, l’Otis 1930 a vu défiler dans sa cage toute la fine fleur de la «toreria» en route pour une après-midi d’oreilles et de fleurs ou de retours de broncas carabinées.