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Camarón, dernier "Quejío"

« Ay Marita  mia, que es lo que yo tengo ? » Il y a vingt deux ans, le 2 juillet 1992, dans une chambre d’un hôpital de Badalona dans la banlieue de Barcelone José Monje Cruz «Camarón de la Isla» se tournait vers sa femme Dolores Montoya  «La Chispa» pour un dernier «Quejío». Il avait, avant de mourir à 7h10 du matin, griffonné  sur un mauvais papier  un petit mot plein de fatalisme, de religiosité et de fautes d’ortographe. Il disait que la vie était belle mais la sienne, là, non. Il  encourageait «jovenes y mayores» à être forts, «a tener conpleta fes (sic) en Dios.» Il l’avait paraphé comme  un autographe  «con simpatia y cariño» et avait signé «de este que lla (pour ya) es libre.» Libre c'est-à-dire, mort. 42 ans. Quejío. La plainte, le hululement de la plainte et son au-delà. Dans la gorge miraculeuse de Camarón de la Isla, au-delà du cancer qui lui dévorait les poumons et courait inexorablement vers sa fin «como el agua,» la vieille douleur gitane glissait sa pointe rebelle  et fine.