Le péon Manolo Montoliú se plaçait à courte distance du
toro, face à lui. Les bras légèrement écartés le long de la jambe, les banderilles
tenues élégamment du bout des doigts, une dans chaque main, il bombait
discrètement le torse et partait au pas vers le toro. Il attendait que le toro
démarre. Il lui donnait l'avantage. En accélérant sans vraiment courir, il
gagnait la tête du toro, levait haut ses bras et entre les cornes, en marquant
bien les temps, plantait ses deux banderilles réunies sur une pièce de 5
pesetas. Puis, au pas de la promenade, il s'éloignait avec beaucoup de majesté
de ce rendez-vous qu'il donnait aux toros. Le 1er mai 1992 à Séville, le
rendez-vous tourne mal. Le toro Cubatisto l'attrape en l'air et le tue. On a
alors vu la fermeté fringante de Montoliú se recroqueviller d'un coup, comme
une sculpture en papier, froissé brutalement par une terrible et invisible main
de fer.